Témoignage de Monsieur Salomon Pérahia
 
Passeport de Madame Diamante Pérahia établi à Salonique.
Sur la photo elle est entourée de ses trois fils ainés : Albert, Daniel et Eliaou (de gauche à droite)


Passeport de Monsieur Emmanuel Pérahia établi à Salonique 

Inscription de Salomon Pérahia sur le passeport
de sa mère en 1931 à Salonique
 
1931
 
Les Pérahia vivaient en Grèce, à Salonique. Pour des raisons économiques, ils quittent Salonique en 1931, et s’installent en France, tout d’abord à Marseille. Ils ont quatre garçons nés à Salonique. Leurs deux derniers fils naissent à Marseille. 

1937

La famille Pérahia quitte Marseille et s'installe à Nîmes en 1937, dans une petite maison au 38 rue Robert dans le quartier Saint Charles. C’est un quartier très populaire, multiculturel et très animé. Il y a beaucoup de boutiques et surtout un très grand marché couvert sur la Place Saint Charles où la plupart des marchands de Nîmes vient se fournir. 

Monsieur Pérahia travaille comme marchand ambulant. Madame Pérahia s’occupe de ses six enfants.
Tous deux parlent assez mal le français. 
 
Les quatre plus jeunes enfants fréquentent l'école Saint Charles 

1939

Quand éclate la guerre les garçons Pérahia ont : Albert 18 ans, Daniel 14 ans, Eliaou 13 ans, Salomon 10 ans, David 7 ans, Joseph 5 ans.

Durant les premières années de la guerre les biens de première nécessité sont du plus en plus difficiles à se procurer. Monsieur Pérahia multiplie les emplois précaires pour subvenir aux besoins des siens.


1943
- Février 1943 -

Les Allemands occupent Nîmes et installent le siège de la Gestapo dans un immeuble réquisitionné au 13 Boulevard Gambetta, à quelques pas du domicile des Pérahia. 
  Plan du quartier Saint Charles 
   
 
- Mars 1943 -

Vers 22h30 une voiture s’arrête devant le 38 rue Robert. Les huit membres de la famille Pérahia sont chez eux. Des coups sont frappés à la porte. Un faisceau de lumière est promené sur la maison. Salomon Pérahia, alors âgé de 13 ans, allongé dans son lit au premier étage, sent la peur le tétaniser.

Les portes de la voiture claquent. Il entend « On reviendra. On les aura à ce moment là ! ».

Les parents descendent. Ils ont visiblement eu très peur eux-aussi. 

   
Salomon Pérahia aujourd'hui devant le domicile familial de la rue Robert
   
A partir de cette date la menace d’arrestation se fait réelle. Mais les Pérahia ne songent pas à partir.

Partir pour où ? Ils sont huit, déjà fichés, et l’obstacle de la langue est un problème pour les parents.

1944
 
Albert Pérahia, 23 ans  Daniel Pérahia, 19 ans 
   
En 1944 Monsieur et Madame Pérahia espèrent la libération.

Mais en mars 1944, les deux frères aînés, Albert, 23 ans, et Daniel, 19 ans, sont arrêtés sur leur lieu de travail. Ils sont regroupés à l’école Talabot qui est un centre de regroupement pour le STO, puis transférés dans l’actuelle caserne de la Légion, route d’Uzès, lorsque on s’aperçoit qu’ils sont juifs.
   

Monsieur Emmanuel Pérahia
est âgé de 45 ans au moment
de son arrestation en mars 1944 
   
Quelques jours après l’arrestation des fils ainés, un matin de mars 1944, vers 10h30, Monsieur Pérahia est arrêté chez lui, rue Robert.

Ni Mme Pérahia, ni les quatre enfants qui sont à l ‘école Saint Charles à deux pas, ne sont arrêtés.
 
   
Monsieur Pérahia est lui aussi transféré à la prison spéciale, dans l’actuelle caserne de la Légion 
   

Salomon Pérahia se souvient. Il avait 15 ans. Il est allé se poster en face de la garnison, bravant la sentinelle armée chargée de la surveillance des détenus et a aperçu son père et ses frères une dernière fois.

Son père et ses frères ont été transférés de Nîmes à la prison des Baumettes à Marseille, puis à Drancy. 


15 mai 1944 : Enregistrement à Drancy de Monsieur Pérahia et de ses deux fils avant leur déportation vers Kaunas en Lituanie.
   
Ils sont déportés, avec 875 autres hommes juifs, par le convoi 73 qui quitte Drancy le 15 mai 1944 à destination des camps de la mort de Kaunas en Lituanie. Ils ne sont jamais revenus. 
   
Inscription gravée par un des 878 déportés juifs du convoi n°73 dans
une des cellules de la prison de Kaunas en Lituanie
 

 

 

 

 
- Avril 1944 -

A Nîmes, devant le danger d’une arrestation, les trois plus jeunes enfants quittent la maison et sont hébergés par Monsieur Estérasi, Juif d’origine turque, rue Bachalas. Quelques jours après ce séjour chez eux, Monsieur et Madame Estérasi sont arrêtés.


  Domicile de Monsieur et Madame Estérasi, rue Bachalas.
   
Devant la menace de plus en plus réelle d’une nouvelle arrestation Madame Pérahia se rend au Secours National et obtient que ses trois plus jeunes fils quittent Nîmes.
Ils seront hébergés à Alboussière en Ardèche, à 25 km de Valence (Eliaou est caché chez un cultivateur de Caveirac). Ils y resteront jusqu'en octobre 1944.
   

- Mai 1944 -

Madame Pérahia décide de rester à Nîmes. Elle n’habite plus rue Robert mais est hébergée chez une amie 7 rue des Marchands. C’est là qu’elle est arrêtée en mai 1944.
A-t-elle été dénoncée ?

Madame Pérahia est arrêtée en mai 1944 devant le 7 rue des Marchands.
   
Diamante Pérahia est incarcérée à Nîmes au siège de la Gestapo, 13 boulevard Gambetta, pendant un mois environ, au troisième étage. Puis transférée à Drancy.
   

 Madame Pérahia est âgée de 54 ans au
moment de son arrestation en mai 1944
 

Siège de la gestapo situé 13 Bd Gambetta

Camp de Drancy
 
30 juin 1944 : Enregistrement à Drancy de
Madame Pérahia avant sa déportation à Auschwitz
Arrivée au camp de Drancy

13 juin 1944 : Reçu du carnet de fouille du camp de Drancy.
Mme Pérahia avait 23 francs sur elle à son arrivée
à Drancy.

 


Après 17 jours à Drancy, Diamante Pérahia est déportée à Auschwitz le 30 juin 1944 par le convoi n°76, (l'avant dernier à quitter Drancy pour Auschwitz) avec 1100 autres personnes, juives pour la plupart.
   
Partie de la liste des 1100 déportés du convoi n°76
qui quitte Drancy pour Auschwitz le 30 juin 1944
Madame Pérahia fait vraisemblablement partie des 479 personnes de
ce convoi qui furent gazées à leur arrivée à Auschwitz le 3 ou le 4 juillet 1944.
   
L'arrestation de leurs parents en 1944 laisse à Nîmes quatre orphelins de 18, 15, 12 et 10 ans, dénués de toute ressource.
   
Le 23 août 1944 la ville de Nîmes est libérée. A l’est les camps de concentration ne le sont pas encore.

1945

 
Salomon Pérahia, alors âgé de 16 ans, se rend régulièrement à la gare de Nîmes à la recherche des siens parmi les rares rescapés qui rentrent des camps. Il attend en vain sur les quais de la gare.

Puis l'un des 23 rescapés du convoi n°73 lui affirme qu’il est inutile d'attendre le retour de son père et de ses frères.

Son père et Daniel ont été tués en Lituanie. Albert aurait été transféré dans un camp en Allemagne et serait mort du typhus.
   
1946
 
Salomon Pérahia et ses frères sont pris en charge par l'Oeuvre de Secours aux Enfants.
   
1948
 

La mort des proches de Monsieur Pérahia devient officielle.
Il reçoit en 1948 du Ministère des Anciens Combattants et Victimes de Guerre leur acte de disparition.
   
Actes de disparition de Monsieur et Madame Pérahia
   
Actes de disparition de Albert et Daniel Pérahia


2009

Dans le cimetière juif de Nîmes un monument à la mémoire des victimes de la Shoah a été érigé en 1947.
Les noms de Diamante, d'Emmanuel, d'Albert et de Daniel, gravés dans la pierre, perpétuent leur mémoire.
   

Inscription des noms des quatre membres de la famille Pérahia
sur la stèle du Monument à la mémoire des déportés
du cimetière juif de Nîmes, rue André Simon.



Inscription des noms des quatre membres de la famille Pérahia sur le Mur des Noms du Mémorial de la Shoah à Paris
 
Monsieur Pérahia en 2009

Monsieur Salomon Pérahia et ses frères expriment toute leur reconnaissance envers l'Oeuvre de Secours aux Enfants (O.S.E.) pour son rôle joué pendant et après la guerre dans le sauvetage des enfants juifs victimes de la Shoah.

 

 

Nous tenons à remercier Monsieur Salomon Pérahia pour sa disponibilité et la qualité de son témoignage.

Propos recueillis par Bouhelem BERKANOU et Ramzi BOUNAH, élèves de 1GCI2 et Madame PASCOT professeur-documentaliste.
Mise en page par Monsieur BREGAIL et Madame PASCOT.